Les tours de grande hauteur deviennent de plus en plus fréquentes dans le paysage suisse. Pour répondre à la demande, les villes helvétiques sont contraintes de se densifier. Dans ce contexte, verticaliser la construction est devenue une nécessité. Porteuses d’opportunités et de solutions innovantes, les tours posent également de nombreux défis. Récemment, Amstein + Walthert a proposé à ses partenaires et clients de plonger dans cette réflexion grâce à l’intervention de plusieurs spécialistes inspirants.
En Suisse, les tours de grande hauteur sont encore rares : il n’en existe qu’une poignée à Zürich, Bâle et dans l’Arc lémanique. Cette situation pourrait toutefois évoluer dans les années à venir. En effet, pour répondre aux exigences des politiques d’aménagement du territoire et à la demande croissante d’espaces pour le travail ou l’habitat, les tours de grande hauteur s’imposent comme une solution incontournable. Ces constructions de 30 mètres ou plus sont une réponse innovante à la nécessaire densification des villes mais imposent également des contraintes techniques complexes.
Dans le cadre des festivités marquant ses 40 ans d’existence, Amstein + Walthert Genève a proposé fin mai une soirée inspirante qui a rencontré un franc succès. L’événement a réuni quelque 130 personnes, des partenaires, des experts et des acteurs du secteur autour de ces enjeux de la ville de demain. A cette occasion, plusieurs spécialistes ont partagé leur vision et leur expérience.
Des opportunités à saisir …
Après avoir souligné que le secteur du bâtiment est responsable de 39% des émissions de gaz à effet de serre mondiaux, MVRDV, bureau d’architecture et d’urbanisme international basé à Rotterdam, Shanghai, Paris, Berlin et New-York, a détaillé ses différentes pistes pour concevoir des projets plus efficaces d’un point de vue carbone.
Ces solutions s’inscrivent dans une stratégie globale d’optimisation des ressources et de réduction de l’impact environnemental. Elles reposent notamment sur une utilisation plus raisonnée des matériaux — le bon matériau au bon endroit — en privilégiant le réemploi, l’allègement des structures, la réversibilité des bâtiments ou encore le recours à la préfabrication. Cette approche se traduit également par des mesures concrètes, telles que l’optimisation de la palettisation afin de limiter l’impact lié au transport.
De plus, Nicolas Land, directeur du bureau MVRDV de Paris, a surtout rappelé que la meilleure stratégie était de privilégier la rénovation d’un bâtiment plutôt que d’envisager une nouvelle construction. À travers différents exemples concrets, il a démontré qu’il est souvent possible de garder la structure de base et d’obtenir un résultat optimal, en termes d’architecture, d’usage, de confort, de délais et de coûts.
Enfin, l’architecte a présenté les apports de la conception paramétrique développée en interne. Ces outils permettent d’explorer différentes configurations de projet à partir de critères définis en amont, afin d’identifier les solutions les plus pertinentes. Ils peuvent, par exemple, optimiser l’ensoleillement, rechercher le meilleur équilibre entre densité et qualité d’usage, rationaliser les éléments constructifs, améliorer les calepinages et faciliter la mise en œuvre, tout en générant une diversité urbaine et architecturale. Dès les premières phases de conception, l’impact carbone des bâtiments est également évalué grâce à CarbonScape, un outil développé par MVRDV, afin de mieux comprendre les leviers de réduction et d’orienter les choix du projet le plus tôt possible.
… et des contraintes à gérer
HRS, entreprise générale ayant réalisé de nombreuses tours en Suisse — notamment la Tour Opale à Chêne-Bourg, la Tour Tilia à Prilly ainsi que l’emblématique Tour du Campus Pictet de Rochemont à Carouge —, a, pour sa part, partagé son retour d’expérience, mettant en lumière les contraintes et défis techniques rencontrés lors de la réalisation de tels ouvrages.
Thomas Raulet, directeur adjoint de la succursale de Genève, a détaillé plusieurs éléments qui doivent être pris en compte lors de la construction d’un bâtiment de grande hauteur. Tout d’abord, la contrainte du vent ne doit pas être sous-estimée lors de l’élaboration du planning puisqu’à partir d’une certaine hauteur, en moyenne trois jours de travail par mois sont perdus en raison de rafales trop fortes qui forcent l’arrêt du travail. Ensuite, la possibilité de construire sans échafaudage, même si elle implique rigueur et savoir-faire spécifique pour assurer la sécurité, mérite d’être étudiée pour gagner en simplicité et en efficacité.
Le spécialiste a également souligné l’importance du phasage. Alors que les étages inférieurs seront déjà à l’étape des finitions, les étages supérieurs seront encore en phase de construction du gros œuvre, par exemple. Même si cette progression différenciée complexifie l’organisation du chantier et pose elle-même des défis techniques, notamment en termes d’étanchéité, elle est primordiale pour optimiser les plannings.
Finalement, l’acheminement des travailleurs et du matériel dans les étages doit être minutieusement organisé. Grâce à des mesures très pragmatiques comme l’installation de toilettes ou de cafétérias dans les étages supérieurs ou la définition d’horaires précis, il est possible d’optimiser les flux et de gagner en efficacité.
Des tours de grande hauteur … et durables
De son côté, Corentin Maucoronel, directeur de la filiale française d’Amstein + Walthert, a souligné la complexité d’agencer les différentes installations techniques dans les bâtiments de grande hauteur et l’importance de la coordination entre les différents services.
Pour répondre au double défi de la conception technique d’une tour et du respect des normes de durabilité, il est nécessaire de repenser certains sujets, en particulier le photovoltaïque. En effet, les toitures des tours sont déjà occupées par les installations techniques de base et ne représente qu’une faible surface par rapport à la taille de la tour. Il n’est ainsi pas envisageable d’y poser un nombre suffisant de panneaux photovoltaïques pour couvrir les besoins légaux du bâtiment. Il faut alors envisager de les intégrer en façades, ce qui entraîne des répercussions sur la protection incendie, notamment.
Sur ce thème l’AEAI (Association des établissements cantonaux d'assurance incendie) précise les contraintes pour les bâtiments de plus de 30 mètres et donne des solutions standards pour répondre aux exigences. Par contre, pour les tours de plus de 100 mètres de hauteur, il n’y a pas de schémas préétablis. Le concept incendie doit être créé sur mesure, ce qui induit une complexité accrue.
Au final, lors de la réalisation d’une tour de grande hauteur, les mots-clés sont l’organisation et l’anticipation. Fort de son expertise et regroupant tous les domaines de la construction, Amstein + Walthert dispose d’ores et déjà des outils pour répondre à ces défis et permettre de profiter pleinement des opportunités que présentent ce type de bâtiment.

