A+W Genève ouvre ses colonnes à la climatologue Valentine Python : "l'innovation technologique nous sauvera-t-elle ?"

Une innovation correspond à une nouveauté utilisée avec succès dans l’économie ou dans la société. Afin que les produits, les développements ou les services soient considérés comme des innovations, ils doivent effectivement représenter une nouveauté.

Jusqu’à présent, le moteur de l’innovation a été principalement celui de permettre la poursuite de la croissance économique. Aujourd’hui, il doit être celui de la préservation de la viabilité de la planète pour notre espèce, car le développement économique s’est poursuivi au détriment de l’environnement, dépassant les limites écologiques qui garantissent la survie des sociétés humaines à moyen et long terme.

La stabilité et la résilience de notre système terrestre sont menacées par les neuf processus suivants : [1]

  • Le réchauffement climatique, provoqué par les émissions de gaz à effet de serre, issues en particulier de la combustion des énergies fossiles (70%), de l’élevage intensif et de la déforestation.
  • L’érosion de la biodiversité dont les principales causes sont la disparition des habitats naturels (forêts, marais, etc.), la pollution chimique (agriculture intensive, etc..), les espèces invasives (importées et diffusées intentionnellement ou non à large échelle par les processus de la mondialisation) et de plus en plus le réchauffement climatique lui-même.
  • La perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, liée principalement à la production et à l’usage d’engrais destinés à l’agriculture intensive.
  • L’usage immodéré des sols, lié à l’urbanisation, la déforestation, l’intensification et l’extension agricole, l’extension des réseaux de transport.
  • L’acidification des océans, liée à l’augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère.
  • La déplétion de la couche d’ozone, obtenue par l’action physique de gaz synthétiques à très longue durée de vie contenant du chlore et/ou du fluor, comme les CFC.
  • La diffusion des aérosols atmosphériques comme par exemple les particules fines issues des véhicules diesel.
  • L’usage immodéré de l’eau douce, liée à l’augmentation des usages (agricoles, industriels, domestiques et de loisirs)
  • La pollution chimique et l’introduction de molécules artificielles dans l’environnement, liées à l’agriculture intensive, aux rejets industriels et domestiques et à l’habitat.

L’urgence climatique ne représente donc qu’une des neuf limites planétaires auxquelles nous sommes confrontés. Dès lors, du point de vue environnemental[2], pour être véritablement qualifiée de « durable » une innovation devrait respecter l’ensemble de ces limites. Malheureusement de nombreuses innovations technologiques proposées aujourd’hui au nom de la lutte en faveur du climat pourraient s’avérer néfastes pour la biodiversité et induire une pression supplémentaire sur les ressources naturelles, c’est le cas de certaines méthodes technologiques de stockage du carbone ou de nouvelles méthodes du génie génétique.

Il est également nécessaire de tenir compte d’un mécanisme bien connu des économistes, celui de l’effet rebond. Même les progrès conséquents acquis en matière d’efficacité énergétique, dans la construction ou la mobilité par exemple, sont annulés par une croissance soutenue du nombre et de la taille de ceux-ci. Surtout, l’efficacité énergétique ne doit pas être un prétexte pour retarder la sortie des énergies fossiles.

«L’efficacité énergétique ne doit pas être un prétexte pour retarder la sortie des énergies fossiles.»

Valentine Python
Climatologue et conseillère nationale

De même en ce qui concerne les cleantech, les instruments les plus ingénieux ne nous seront d’aucune utilité tant que nous ne nous attaquons pas courageusement à la source des émissions, qu’il s’agisse de gaz à effet de serre, de microparticules de plastiques ou de résidus chimiques.

Quant à la numérisation accélérée de la société, elle provoque une explosion de nos besoins énergétiques, avant même que les énergies renouvelables ne se généralisent, contribuant ainsi à augmenter notre dépendance au fossile et au nucléaire. Sachant que le déploiement de la 5G par exemple servira en grande partie à l’industrie du divertissement en ligne (streaming, jeux en ligne, etc.), on ne peut certes pas considérer cela comme la satisfaction d’un besoin essentiel alors que nous sommes dans une situation si grave.

Finalement, l’innovation technologique, bien qu’indispensable, ne nous épargnera pas de remettre en question nos comportements et le précepte idéologique de la croissance. Le respect des limites planétaires implique la nécessité d’une baisse de la production et de la consommation ainsi qu’une meilleure répartition et utilisation des ressources. Cela implique davantage de sobriété et réinterroge la notion d’utilité. Cela nous contraint à réévaluer nos besoins, à résister à la satisfaction immédiate de nos désirs et à trouver notre épanouissement au-delà des valeurs matérialistes. L’occasion également de renouer avec le vivant, de ressentir notre appartenance et interdépendance avec la biosphère, de cultiver nos relations à autrui. Et de relever que l’innovation peut également être sociale quand elle désigne justement la naissance de nouveaux processus d’interaction interpersonnelle ainsi que de nouvelles habitudes.

[1] https://www.nature.com/articles/461472a

[2] Les objectifs sociaux de la durabilité (inégalité, santé, éducation, démocratie, etc.) ne sont pas traités ici, mais tout aussi indispensables.

Valentine Python

Climatologue et conseillère nationale

Auteure d’Une Climatologue au Parlement, ou comment la politique des petits pas ne répond pas à l’urgence écologique (Ed. de l’Aire)

Valentine Python est docteure en climatologie et sciences environnementales. Conférencière, formatrice et conseillère scientifique, ses domaines d'expertise sont le réchauffement climatique et la pollution environnementale ainsi que leurs conséquences sur la santé humaine et la biodiversité. Spécialiste de l’éducation au développement durable, elle intervient auprès d’un public large pour expliquer les défis de la transition écologique.

Conseillère nationale (Les Verts, VD) depuis 2019, elle est membre de la Commission de la science, de la formation et de la culture. Son engagement politique vise à la préservation du vivant et d’un environnement viable pour tous, pour le bien-être de chacun et pour les jeunes générations.

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